LA PETITE HISTOIRE  ,                LE LIVRE D'OR


à mon père.. qui m'a donné l'Espagne .

à Domi .. pour son amour, sa complicité, sa patience .







    Au début des années soixante ,j'ai six ou sept ans quand mon père m'assoie sur le petit siège fixé à l' arrière de sa mobylette et nous voilà partis vers l'aventure ! Un Dimanche d'été nous quittons pour quelques heures  St Jean de Vedas le village ou je suis né pour Perols ou quelques décennies plus tôt il avait vu le jour au bord de l'étang  dans une ruine appelée" le mas rouge" ou mes grand parents Espagnols avaient trouvé refuge en arrivant en France.
    Sur  la table du café ,un verre de limonade que je bois à paille au milieu du brouhaha de la fête. Apparaissent par la petite porte de l'arrière salle deux géants en costume de lumières, boléros rouges, pantalons en daim ,chemises blanches, le visage rasé de frais ,les cheveux luisants et gominés laissant sur leur passage un parfum d'eau de Cologne et une traînée de silence martelée par le pas de leurs bottes métalliques . Ils passent près de moi,  leurs chapeaux à la main, ils ont l'air forts et tranquilles .« Les picadors ! » me dit mon père , ravis de ce concours de circonstance . Première image d'un monde mystérieux et fascinant .

    A la maison, on en parle depuis quinze jours : pour Pentecôte on ira à Nimes voir " El Cordobes" ..!  Dans la cour de l'école je raconte les exploits de l'idole de l'Espagne tels que je les ais entendus autour de la table familiale .J'ai compris bien plus tard le phénomène Cordobes ,voleur de poules, fils de  l'Espagne pauvre, sorti vainqueur grâce à son seul courage  de la misère qui lui était destinée, il fait la fierté de tous ses compatriotes et ravive les couleurs du drapeau Espagnol dans le coeur de ceux qui ont du quitter le pays pour une vie meilleure. 
Nimes qui résonne des bruits de la fête est amoureuse du torero rock and roll . Les fanfares se succèdent sur les boulevards , le banc ou nous sommes assis vibre à chaque coup de grosse caisse .Tranquilles au milieu de cette pagaille, on mange les sandwiches que maman nous à préparés . L'heure approche, il fait chaud , je suis petit et de notre place aux " amphis "  je ne vois pas grand chose sinon un vaste tableau riche en couleurs ou s'agitent de petits personnages . Les gens crient, applaudissent, sifflent.., le toro renverse le cheval du picador! Le monde des grands.., le monde est grand.., soleil, couleurs.. émotions !
Gare de Nimes, sur le quai on s'apprête  à monter dans le premier wagon à notre portée affichant le panneau Montpellier , lorsque le chef de gare, casquette SNCF, nous montre du doigt;  son geste nous dirige vers les wagons de 2eme classe. Sans doute notre look ne correspond pas à celui du voyageur de 1ere classe! Mon père sourit, on s'en fout, on est heureux .Dans le compartiment, sur le chemin du retour, les clameurs et la musique résonnent encore dans ma tête et je languis d'arriver à la maison pour raconter comme une aventure notre journée aux femmes de la famille, grand mère, mère et grande soeur restées au village .

    J'ai reçu en étrennes pour ma communion solennelle un appareil photo, à partir de maintenant je suis le photographe officiel de la famille .

    A quinze ans, la mobylette c'est moi qui la conduit, c'est mon tonton qui me la donnée car il faut que j'aille tous les jours à Montpellier, je suis apprenti dans une imprimerie, l'école c'est fini pour moi. Le Dimanche, avec les copains c'est en file indienne qu'on roule vers Palavas jusqu'aux plages de Maguelonne ou on a nos habitudes, juste en face de la promenade à cheval " les tamaris" chez Jacques Bonnier, Vedasien lui aussi. Il achève une carrière de volleyeur international, et commence à faire parler de lui dans une autre discipline :  la Corrida !   Jacques à décidé d'être  torero à cheval, d'épouser cette passion dans toute son authencité, dans toute sa rigueur, laissant ou rayon des souvenirs  les caballeros en plaza   qui jusqu'à lors se produisent dans nos fêtes de villages en costumes vaguement Andalous sur des montures Camarguaises et selon la formule consacrée  en simulacre de mise à mort . Il sera le premier Rejoneador Français de l'histoire! Les portes de l'Espagne s'ouvrent à lui, il va toréer avec les plus grands. Passionné, je suis sa carrière en direct, fier de cet autre fils de Vedas. Je ne suis pas étonné lorsqu'en 1980 il me propose de l'accompagner, c'est pour moi une suite naturelle dans ma vie d' aficionado , je deviens son mozo de espadas ( en Francais : valet d'epées ) ,et il va vite devenir mon grand frère. A partir de ce jour, commence la vie pour de vrai, je ne suis plus spectateur je suis dans le film !  L'aventure va durer quinze ans, quinze ans de Kilomètres à travers l'Espagne, de chambres d'hôtels, d'angoisses répétées à cinq heures du soir, d'après- midi de gloires, de déceptions...et comme une délivrance, le bonheur de partager le repas du soir ou les éclats de rires libèrent nos gorges nouées et effacent  le poids des émotions contenues .

    C'est sur, quand il prendra sa despedida  je ferais naître toutes ces images que j'ai dans la tête !
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